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Un parcours étonnant

Susana Yuen, qui vient d’une famille d’immigrants travaillante et passionnée de hockey, n’aurait jamais pensé que le sport du Canada l’amènerait à renouer avec ses origines chinoises

Lee Boyadjian
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13 mai 2021
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Quand Susana Yuen a fait les essais pour sa première équipe de hockey, à 18 ans, elle ne possédait même pas d’épaulières. Joueuse de ringuette aguerrie, elle n’en avait jamais eu besoin. Elle a toutefois pu en trouver dans le sac de hockey de son frère.

« J’ai fouillé dans son sac et je les ai pris sans le lui demander », se rappelle Yuen en riant. « Je pense qu’il n’a jamais remarqué! »

Six ans plus tard, Yuen avait non seulement ses propres épaulières, mais aussi son propre chandail d’Équipe Canada. La petite avant de Winnipeg s’était taillé une place au sein de l’équipe nationale féminine du Canada et a pu représenter son pays au premier Championnat mondial féminin de l’IIHF, en 1990.

En plus d’aider le Canada à remporter l’or, sa récolte de 12 points l’a placée à égalité au deuxième rang parmi les Canadiennes et à égalité au sixième rang des pointeuses du tournoi.

Malgré l’enthousiasme, voire le choc suscité par sa performance, personne de sa famille n’était présent à Ottawa pour la voir. Immigrants chinois, les parents de Yuen devaient faire tourner leur entreprise, qui battait son plein grâce à la réussite de leur fille.

« Les membres de la communauté chinoise appelaient au restaurant pour parler à mon père et lui demander si c’était bien moi », se remémore Yuen. « Ça a été une grande source de fierté, car toute la communauté s’est rassemblée autour de moi et du fait que je jouais. »

La communauté, tout comme la famille, occupe une grande place dans la vie de Yuen. Ses parents soutenaient les ambitions sportives de leur fille, mais ils étaient souvent trop occupés pour l’aider. Des entraîneurs et des amis de la famille ont pris le relais pour reconduire Yuen là où elle devait aller.

Cette expérience lui a donné envie de s’impliquer comme entraîneuse au hockey, mais elle ne s’attendait pas à ce que sa démarche mène à une occasion de travailler avec l’équipe nationale chinoise, qu’elle n’avait rencontrée qu’une seule fois lors d’un voyage en Chine avec sa belle-sœur.

« Je leur ai dit que je collaborais avec l’Université du Manitoba, et nous leur avons envoyé une invitation », explique Yuen. « L’équipe est venue ici pendant une semaine, nous nous sommes entraînées et nous avons organisé des matchs hors concours. »

« Je ne parlais pas très bien chinois à l’époque, mais pour tout ce qui se rapporte au hockey, j’ai pu les aider. »

C’était avant le Mondial féminin de 1997 à Kitchener, en Ontario, où la Chine a terminé quatrième. À ce jour, c’est l’une des deux seules fois où le pays a participé à la ronde des médailles, ce qui explique vraisemblablement pourquoi Yuen a ensuite été invitée à travailler à temps plein avec l’équipe en Chine.

Peu encline à vivre avec des regrets, Yuen a décidé de tenter sa chance. Elle a donc quitté son emploi à l’Université et vendu son camion.

« Je pense que mon père me trouvait un peu folle, mais je lui ai expliqué que je voulais vraiment le faire, que je voulais aider l’équipe chinoise et voir si je pouvais contribuer à élever son jeu à ce niveau. Il a compris mes motivations et m’a donné son soutien. Ma mère aussi. »

L’expérience s’est révélée très enrichissante pour Yuen, qui, malgré des liens familiaux très forts, n’avait pas d’amis chinois lorsqu’elle était enfant. Si elle embrassait sa culture d’origine, cette immersion soutenue était toutefois inédite.

Yuen établit des parallèles entre son expérience en Chine, où elle a renoué avec ses racines, et celle des familles de nouveaux arrivants qui découvrent la culture canadienne – ces deux expériences étant caractérisées par l’amour du hockey.

« Mon frère habite dans un nouveau quartier où il n’y a pas de centre communautaire, alors la ville vient inonder un champ. Je n’arrivais pas à croire qu’autant d’enfants chinois viennent y patiner avec leurs parents et se mélangent aux autres. C’était beau à voir. »

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